Conte du jour de l’an
DUEL MORTEL
Nuit du 31 décembre 2009 au 1er janvier 2010
23h : Commissariat d’une banlieue chic près de Paris. Son ancien maire est actuellement Président de la République, je ne peux en dévoiler plus, prudences, prudences !
Toutefois, je précise que les initiales de son épouse sont C.B (non, pas Carte Bleue !)
Je suis un écrivain engagé, ma plume porte haut la liberté, mais prudence ! Prudence !
J’ai déjà osé voté Bayrou l’ors des dernières élections, n’en rajoutons pas.
Les policiers de ce lieu redouté ont déjà la serviette autour du cou. Sur la table trône une très grosse dinde (pas C.B bien sûr !)
L’homme est entré sans faire de bruit.
- - Messieurs bonsoir ! Excusez-moi d’interrompre vos agapes, mais j’ai une déclaration à faire : je viens d’être témoin d’évènements étonnants, et…
- - Dehors ! Dégage ! Tu reviendras demain vers midi.
- - Mais…
- - Y a pas de mais… Marcel passe moi le Taser que j’électrise sainement le suspect menaçant.
- - Y a plus de piles ! Bon sang ! C’est encore à moi de le recharger.
Le quidam paraît désemparé.
Soudain la porte s’ouvre bruyamment. Apparaît un type bien habillé avec une drôle de tête.
- - C’est-y-pas Judas ? s’exclame le quidam.
Tous les policiers ont jailli de leurs chaises. De leurs mâles gosiers sort un chant puissant et patriote.
- Arriiièèèrre iiiimmiiigrrré ! Retourn aaaa taaaa maison…. Besson, Besson est avec nous, avec nous et les laaauriiers cernent son frooont !
Le ministre Besson en personne, celui de l’Identité Nationale et des afghans renvoyés chez les talibans.
- - Merci Messieurs, je n’attendais pas moins de votre fierté nationale…. Heu, c’est qui lui ?
Le ministre désigne le quidam.
- - Ouais, vous êtes qui vous ? grommelle le chef du poulailler.
- - Permettez-moi de me présenter, Eric Leboeuf de Romorantin.
- - Un vrai français ! Cela fait plaisir, sourit le ministre.
- - Oui monsieur le ministre, un français et un vrai ! Mon arrière arrière grand-père a inventé le bœuf bourguignon et lui a donné son noble nom.
- - Pas possible ! s’extasie le public.
- - Si messieurs ! Il y a mieux encore : mon arrière grand-mère s’appelait mademoiselle Veau. Sautant le pas pour épouser l’aïeul Le Bœuf, elle a dans la foulée inventé le sauté de veau ; lui, ému évidemment, n’a pu faire autrement que de la….
- - Debout messieurs ! Ah vous l’êtes déjà ! Et bien chapeau bas ! Heu ! Képis bas, messieurs devant un tel exemple de patriotisme… Il n’y a pas à dire, l’année 2009 finit bien… Mais quel est l’objet de votre présence à cette heure, ici en ce lieu ?
- - Messieurs, messieurs, je viens d’assister une scène qui dans mon cœur a semé le grand effroi. Je venais ici pour témoigner, mais l’accueil rugueux…
- - Fraternel citoyen ! fraternel ! coupe le chef d’une voix mielleuse.
- - Contez mon ami, contez, réclame le ministre en tournée de popotes.
- - J’irai droit au but : le train de 21h56 m’a laissé à la gare d’Austerlitz. J’ai sauté dans un taxi pour me rendre chez des amis dans votre bonne ville…
- Que des Français ! ou de riches étrangers, ce qui est pareil au même.
- Mais le bougre n’avait pas l’air de connaître le chemin. De plus il parlait notre langue d’une manière exécrable.
- - Encore un taxi clandestin !
- - Bien heureusement, au moment où excédé je le priais de m’arrêter avenue de Madrid, près du Bois de Boulogne, j’eu la présence d’esprit de relever le numéro du véhicule, je vous le communiquerai tout à l’heure.
- - Bravo ! Bravo !
On applaudit le citoyen modèle.
- - Donc me voilà à pied, avenue de Madrid, mes amis habitant près du Métro Sablon. Etant déjà venu dans votre ville, je décide de couper par le Bois et m’engage dans une allée. Je fais quelques centaines de pas, quand j’entends des voix qui parlent fort, une dispute sans aucun doute…. Mais écoutez plutôt !
L’homme de Romorantin, descendant direct du Bœuf Bourguignon et du Sauté de Veau sort de la poche de son manteau un petit enregistreur numérique.
- - Oui, je comptais régaler ce soir mes amis de quelques vocalises et m’enregistrer par la même occasion… une dispute en pleine nuit, en plein Bois, cela relève du louche et moi le louche, je n’aime pas, je le dénonce !
- - Aaah ! le bon patriote, l’ami citoyen de rêve !
Un souffle d’émotion secoue le cœur de tous les braves ; chacun retient sa petite larme, ministre Besson compris.
- - Con – ti – nuez brave homme.
- - Ecoutez ! …. Moi Serge Marjollet, je revendique que Viam Della Rosa m’appartient !
- Et moi John Edward Tang, je dis de même, il m’appartient !
- Oublies-tu que je t’ai créé de toutes pièces ? Tu me dois tout ! Tout entends-tu ?
- Ah oui, ricane l’individu répondant au nom de John Edward Tang ! Tu m’a peut-être crée mais maintenant je t’ai dépassé. Des milliers de personnes sur Internet chantent et clament mon nom ! De plus le « DVD Révélation » a fait de moi un super héros. Toi, Serge Marjollet, qui te connaît ? Personne ! Ecoute, le temps presse, nous arrivons bientôt à minuit, j’ai une honnête proposition à te faire.
- Laquelle ? grommelle l’autre individu emmitouflé dans un luxueux manteau, prononce Eric Leboeuf en aparté.
- « Mangeons-le » ensemble.
- Quoi ? Que dis-tu ?
- Toi et moi connaissons la technique secrète… Eh, j’entends du bruit ; regarde sous le lampadaire ; le voilà !
- Ohé ! Etes-vous là ? C’est moi ! Viam !
- Comme miam-miam ! rugit John Edward Tang.
- Votre ami !
- Comme bon appétit ! gronde Serge Marjollet.
- Je ne vous vois pas… pourtant, chers amis, plaisante l’écrivain Viam Della Rosa, j’ai les yeux bien ouverts.
- Cela rime avec « mettre le couvert » ricane John Edward Tang.
- Dois-je pour vous voir mettre mes lunettes ?
- Cela rime avec « Bonnes fourchettes », jette méchamment Serge Marjollet.
- Faut-il donc, chers amis, que je vous traque ?
- A l’attaque !!! hurlent les deux hommes…. Et là, messieurs, j’ai cru devenir fou…. Mais écoutez… et je commente tout à la fois.
- Aaah ! Vous m’avez fait une de ces peurs !.... Mais que faites-vous ? que m’arrive-t-il ?
- Ce qui arrivait au malheureux, vous aurez du mal à le croire messieurs. Sa silhouette se coupa en deux et il fut littéralement, inexorablement attiré par deux immenses bouches démesurées… Je restai pétrifié.
En moins d’une minute, le dénommé Viam avait été - excusez-moi l’expression littéralement avalé.
Le dénommé Serge Marjollet poussa un rot de satisfaction.
- Bonne idée John….
- Oups ! Moi il me reste sur l’estomac…. Les os ont du mal à passer. Tu as mangé le meilleur, la chair et m’a laissé le squelette….
- Avec les os, tu feras un excellent bouillon…. Allons séparons-nous, ne traînons pas, l’heure des vœux approche.
- Sans parler, chacun des deux est parti de son côté et moi, me voilà ici, parmi vous.
Il y eut un long silence. Puis ce fut la ruée : les uns aux ordinateurs, les autres direction le Bois de Boulogne guidés par le citoyen modèle.
Le ministre Besson était assis écroulé sur une chaise.
Au Bois, on ne trouve rien.
On appelle le domicile de Viam Della Rosa. Nul ne répond !
On appelle les voisins et commence l’enquête.
Et puis, bien plus tard, après minuit que l’on a oublié : un cri !
- - La dinde, elle a disparu !
Effectivement, le plat au milieu de la table est vide.
- - Re…. Re… gardez !
On se précipite vers le mur ainsi désigné.
Un immense « I » en lettre rouge est peint sous le portrait du Président de la République.
Et là…. Retentit, d’on ne sait où, un immense éclat de rire.
- - Miam, miam, la dinde est bonne ! Délicieuse même …. Sans rancune et bonne année les dindons !
Dans un autre lieu…..
- - Cette dinde est un vrai régal… Mais … mais …. Vous mangez la deuxième cuisse, ne vous gênez surtout pas !
- - Pardon ? Herbert, mon ami, mon cher faire valoir, ne savez-vous donc pas qu’une dinde a quatre pattes ! Allez donc voir dans la marmite où je l’ai faite réchauffée. Vous trouverez - en cherchant bien – vos deux cuisses…. Comment pouvez-vous m’accuser ainsi, une telle nuit d’amour et de lumière….
- - Je ne savais pas que les dindes avaient quatre pattes. On n’en voit pas souvent ici à Paris, … excusez-moi.
- - Y a pas de mal…. Tiens, si on souhaitait vous et moi, la bonne année à ceux qui nous lisent .
- - Bonne idée…. Je ne vois pas les deux cuisses…. Heu, bonne année à tous !
- - Oui, Bonne année à tous ! Tous nos Vœux ! I et Herbert vous souhaitent le meilleur en tous domaines ! Miam, miam…. Allons Herbert au lieu de ne rien faire, resservez-moi une flûte de cet excellent champagne, lui aussi vient du commissariat.
- - Tai… sez-vous ! Taisez-vous ! Je ne veux rien savoir ! Rien vous m’entendez, rien !